Waelsch
Membru Argint
Membru din: Joi Apr 27, 2006 11:31 pm Mesaje: 194 Localitate: Europa centrala
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Vreau sä vä transfer un text pe care l-am cäpätat de Pasti. Cei ce cunoasteti un pic de francezä, cititi-l pânä la capät, cä e gräitor.
L’Anastasis et l’Olympe,
ou la toute-puissance de l’impuissance
Père Elisée
Notre familiarité avec la lettre de l’Evangile, ressassée depuis des siècles,
nous joue parfois des tours en nous empêchant d’en saisir le côté
inouï. Les textes de la Résurrection, qui sont en fait ceux de la découverte
du tombeau vide, comme le font remarquer les exégètes, sont une
belle illustration de ce conformisme plus ou moins conscient.
De la Résurrection à proprement parler, les évangiles ne nous disent
rien. L’événement a lieu dans la double obscurité de la nuit et du sépulcre
scellé. Les témoins n’en font que trouver les marques indirectes au
petit matin. Rien de plus anti-hollywoodien : pas de super-héros, pas de
super-pouvoirs, pas d’effets spéciaux pour en mettre plein la vue. Le
christianisme manifeste une mauvaise volonté médiatique décourageante.
En Occident, les artistes mettront leur imagination à contribution
pour tenter de combler ce manque de visibilité, comme on dit de
nos jours, faisant jaillir nuitamment le Christ du tombeau, devant des
soldats abrutis, comme un vainqueur des jeux d’Olympie.
L’Olympe, parlons-en justement. Il semble que Zeus et sa foudre soient
restés quelque part à l’arrière-plan religieux du monde occidental. À y
regarder de plus près, cela vaut d’ailleurs pour tous ses épigones indoeuropéens,
d’Odin le guerrier sanguinaire à Vishnou le destructeur, en
passant par notre Toutatis national. À tel point que l’idée de divinité est spontanément associée à une certaine forme de puissance extrinsèque,
mais aussi à une façon d’influencer ce que nous pensons être l’histoire,
et les institutions qu’elle engendre.
Il est vrai que certaines théophanies de l’ancienne Alliance avaient fait
fort dans le spectaculaire ou le terrifiant. Mais il ne serait pas difficile de
montrer que la dynamique toute entière de la révélation consiste précisément
à détacher progressivement l’idée de la divinité de ce substrat
trop païen. Cette religion de plus en plus épurée culmine avec la plénitude
de la manifestation de Dieu : la vie terrestre de son Verbe, et ce,
dès ses premiers instants.
Qu’on en juge : la Parole créatrice naît sur les
franges du monde qui est sien, rejetée à l’orée du désert, ne trouvant
comme adorateurs qu’une poignée de semi-vagabonds mal famés et
d’étrangers idolâtres. La lumière, nous dit St Jean le Théologien, a brillé
dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie ; elle était dans le monde,
qui existait par elle, et le monde ne l’a pas connue ; elle vint chez elle, et les
siens ne l’ont pas reçue. L’évangéliste caractérise l’irruption du Verbe divin
dans l’histoire par une triple expulsion. Dieu est l’éternellement rejeté.
En tire-t-il vengeance, comme l’auraient fait pour beaucoup moins
les histrions de l’Olympe ? Non, car il est infiniment plus puissant que
cela : il sauve le monde à travers ce rejet même.
Il a une telle confiance en cette puissance-là que, lors de ses trois années
de vie publique sur Terre, son Verbe consacre l’essentiel de son temps à
catéchiser une petite poignée d’hommes de très humble extraction, et
dont l’entendement est pour le moins obtus… nos frères, quoi ! Le diable
lui avait bien proposé de conquérir le monde par la force, ou d’hypnotiser
les foules par les prestiges stupéfiants de sa magie, mais il avait
été vertement renvoyé à ses chères études stratégiques. Car ce sont là
justement des manières de faire diaboliques, bonnes pour les guignols
sanglants qui peuplent les panthéons.
Or l’essentiel de ce que Dieu fait se passe dans le secret : secret du sein
virginal où se tisse la merveille des merveilles ; secret de la vie cachée où
Dieu se fait anonyme ; secret de l’enseignement ésotérique donné aux
disciples qui fonde la nouvelle réalité spirituelle de l’Église ; secret du
sépulcre qui subvertit la mort et la corruption ; secret de la conscience
de quiconque l’accueille où s’opère une transmutation de tout son être.
A-t-on suffisamment médité les conséquences de cette révolution ? Notre
attachement, conscient ou inconscient, à la visibilité de l’Église, au
prestige de ses institutions, à la force de sa structure canonique, aux
fruits visibles de son apostolat etc. nous invite à répondre par la négative.
Ce ne serait pas le cas si l’on faisait vraiment la différence entre les
prestiges de la domination selon la chair (les pseudo-régents d’ici-bas,
comme les appelle le Christ en Mc 10, 42) et la toute-puissance divine
qui prend, aux yeux aveugles des maîtres de ce monde, le visage de
l’apparente impuissance.
Il ne suffit pas de confesser des lèvres que le martyre est le fondement de
l’Église, et qu’elle n’est jamais plus pure que dans la persécution. Il faut
prendre toute la mesure institutionnelle de cette affirmation. Au plan humain,
la persécution décapite la hiérarchie et prive l’Église de son élite
spirituelle et pastorale ; ce faisant, elle la désorganise durablement et lui
prépare des temps chaotiques de laborieuse reconstruction. Mais, nous
dit l’Apocalypse, ce n’est pas là que se construit l’Église. Cette édification
se fait mystérieusement, dans les cieux, par les actions des saints, au premier
rang desquelles le martyre (Ap 19,8). En conséquence, lorsque la persécution
décime l’Église, c’est une victoire éclatante et une avancée considérable
dans l’édification du Royaume.
Béni soit Dieu dont la toutepuissance
salvatrice se déploie dans ce que le monde appelle la faiblesse!
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